« 1 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 1-2], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10067, page consultée le 25 janvier 2026.
Premier octobre [1836], samedi après-midi, 4 h. ¼
Je viens de faire mes comptes, mon cher adoré, et malgré toute l’exactitude et toute
la sincérité que j’y apporte, je trouve encore cette fois-ci
un déficit de 4 F. 9 sous ½, que je ne sais à quoi attribuer. Dorénavant je me
tiendrai encore plus sur mes gardes et je ne laisserai plus la clef sur moncoffre, nous verrons ce qu’il en adviendra. En attendant je
rage et je ne comprends pas. Que je vous aime mon grand Victor, que je t’aime mon
noble, mon sublime Victor.
Tu ne ressembles en rien à tous les hommes, tu es
au-dessus de nous tous autant par ton génie que par la noblesse de tes sentiments.
Je
ne connais personne, pas même moi, qui soit digne de dénouer les cordons de tes
souliers. Tu es bien bon de souffrir que nous osions lever les yeux sur toi, même
pour
t’adorer et pour t’admirer. Je n’ai jamais mieux compris qu’en ce moment quelle
distance il y a entre un seul homme comme toi et le reste du
monde, plus ou moins abruti. Aussi je me prosterne devant toi comme la créature devant
Dieu.
Juliette
« 1 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 3-4], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10067, page consultée le 25 janvier 2026.
1er octobre [1836], samedi soir, 6 h. ¼
Cher bien aimé, j’espère que tu ne t’es pas mis en route pour Fourqueux1 par le mauvais
temps. C’est ce qui fait que j’attends ton retour avec joie. Mon pauvre petit homme
chéri, tâche que tes chers petits pieds ne soient pas mouillés, ménage un peu tes
bonnes petites entrailles et pense au désespoir où je serais si tu jamais tu tombais
malade.
Mon cher petit bijou d’homme, ne rentrez pas trop tard. Vous pourrez
d’ailleurs travailler à la maison, je vous promets de ne pas vous troubler et puis
je
serai contente de vous avoir là. D’être bien sûre que vous
n’êtes pas à Fourqueux et que vous n’êtes pas exposé à toutes les pluies et le vent
qu’il plaît à la saison de distribuer dans les jambes et sur les dos des poètes et autres….
En vous attendant je vous aime comme
une perdue.
Juliette
1 Fourqueux est une villégiature où Victor Hugo séjourne du 1er mai à fin octobre 1836, située près de Saint-Germain-en-Laye, à l’entrée de la forêt de Marly. Il habitait une belle demeure entourée d’un parc.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
